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(Mamig, c’est toi sur la photo? Résumé)

Une jeune femme débarque, avec enfants, armes et bagages, à contre cœur, dans une maison vide, dans un coin perdudu Finistère. Au hasard de ses découvertes, elle va tomber sur un journal intime et de vieilles photos illustrant les grands moments de l’existence d’une jeune Bigouden qui lui ressemble étrangement. Au fil de sa lecture, elle s’attachera à cette inconnue qui raconte ses espoirs, ses joies et ses peines… Illustré par mes aquarelles retraçant des scènes de vie telles que la visite du bazvalan chez les parents de la jeune Bigouden. Mais Janig s’est déjà promise à Fanch. Y aura-t-il des accordailles, malgré tout ? Aura-t-elle un grand mariage, comme sa cousine qui dit que pour se marier, il n’est pas besoin d’aimer ? Et quel sera sa vie, mariée à un pêcheur…

 

Le début :

Mais quelle idée de venir habiter dans cette grande maison vide dont le toit semblait se soulever à chaque bourrasque ! Pas âme qui vive ! Pas une voiture ne passait, dans ce trou perdu du bout du monde ! En face et de chaque côté, à perte de vue, c’étaient des champs dans lesquels paressaient quelques vaches indifférentes à la pluie.

– Normal, maugréait Liza. C’est des vaches bretonnes…

Les maillots de bain restaient désespérément au fond des valises, remplacés par les pulls. Dès le premier jour, les cirés jaunes de l’entrée, accrochés à la vieille patère, et les bottes en caoutchouc alignées devant la cheminée, les avaient nargués.

Impossible de mettre le nez dehors sans eux !

A qui avaient donc appartenu tous ces vêtements ? Combien de générations d’enfants avaient enfilé ces cirés, mis ces bottes pour aller patauger dans les nids de poule de l’allée ? Elle aurait été incapable de répondre. Liza avait hérité de cette maison, alors qu’elle était toute jeune mariée, d’un parent éloigné dont elle n’avait jamais soupçonné l’existence. Les papiers étaient restés rangés dans un tiroir et ce n’est que, menacée d’expulsion, après son veuvage et le déclin de l’entreprise familiale, qu’elle y avait repensé.

A voir les blouses à fleurs piquées d’épingles à nourrice, pendues soigneusement dans la grande armoire d’une des chambres, une vieille dame avait habité là. Sans doute était-elle partie rejoindre ses chers disparus dont les portraits, photographies sépia aux reflets passés, tapissaient le mur de la pièce. Quelqu’un était venu fermer les volets, mettre un verrou sur la grille, et chacun était reparti à sa vie.

Les enfants ne tenaient plus en place. Liza avait épuisé son stock d’histoires, sa patience, les albums de coloriage, les bonshommes en pâte à modeler et les grandes vacances étaient à peine commencées !

– Maman, on s’ennuie !
– Maman, qu’est-ce qu’on peut faire ?
– Maman, j’ai faim !
– C’est l’heure du goûter ! lança Liza, comptant sur ce moment de répit pour aller inspecter le grenier, seul endroit qu’elle n’avait pas encore visité.

Peut-être trouvera-t-elle un jeu de cartes quelconque, de quoi se déguiser ou fabriquer des marionnettes…

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Après avoir installé les enfants devant une pile de tartines, un bol de chocolat et un restant de confiture, la jeune femme entreprit son expédition. L’affaire était périlleuse, il fallait d’abord accrocher une échelle à une trappe et monter un à un des barreaux usés par le temps.
Là-haut, la pluie faisait un vacarme assourdissant sur les ardoises du toit. Le plancher aux lattes disjointes craquait au moindre pas. Liza avançait précautionneusement, au milieu d’un dédale de meubles et d’objets hétéroclites, pestant contre les épais rideaux de toiles d’araignée qu’elle déchirait avec un balai en paille trouvé à l’entrée du grenier.

Elle ne réalisa pas immédiatement que la pluie avait cessé. C’est un cri de victoire, en bas, qui l’en avait informée.

– Regardez, le soleil !
– Chouette ! Oh, ya des enfants, là-bas.
– Maman ! Mamaaaan ! On peut y aller ?
– Faites bien attention ! cria Liza, non sans un soupir de soulagement mais les enfants s’étaient volatilisés sans attendre de réponse et la maison était devenue étrangement silencieuse.

La pièce était tellement encombrée que la clarté du jour avait du mal à s’y faufiler. Soudain, un rai de lumière transperça la pénombre. Le halo ainsi formé, saturé de minuscules particules de poussières, faisait comme une traînée de poudre d’or qui alla caresser le cuir d’une vieille malle. Son attention fut attirée par un bruissement d’ailes furtif. Sans doute un effet de son imagination…

Le bruit se fit plus précis et une tourterelle, sortie de nulle part, fendit l’air chargé de résidus irisés. Elle vint se poser doucement sur la malle et regarda la jeune femme, de ses deux prunelles luisantes comme des billes d’onyx. Liza avança, comme poussée par un magnétisme indéfinissable.

– C’était donc toi… murmura-t-elle.

L’oiseau modula quelques roucoulements. Il déploya ses ailes et voleta jusqu’à un minuscule fenestron taillé dans le granit, juste sous la toiture.

Le sol, devant le coffre, était jonché de papiers épars. Sur un cahier jauni, était écrit, en belles lettres rondes :

« Journal de Janig. Janvier 1919. Septembre 1950. »

Elle se pencha pour les ramasser et tomba en arrêt devant une photo ancienne. Médusée, elle fixa le vieux cliché représentant une jeune femme en costume bigouden, pareil à ceux qu’elle avait vus au musée de Pont l’Abbé, le premier jour de leur installation.

Tellement absorbée dans sa découverte, elle n’entendit pas ses enfants monter l’échelle et sursauta quand l’aîné, dans son dos, s’exclama :
– Maman, c’est toi sur la photo !
La benjamine se précipita dans ses jambes, ne lui laissant pas le temps de réagir.
– Maman, on s’est fait des copains ! C’est les enfants de la ferme qui est juste derrière et la dame, elle fait trop bien les crêpes !
– Ils nous ont invités à dormir chez eux ! enchérit le deuxième. On peut y aller, Maman ? Dis oui, s’il te plaît…

Lyza avait passé la fin d’après-midi chez ses voisins. Solenn était une maman de trois petits diablotins plein de vie, comme ses enfants. Elle l’avait accueillie chaleureusement, lui disant tout ce qu’elle voulait savoir pour l’école, les courses, le quotidien. Tout en lui tendant une tartine de graisse salée qu’elle était en train de préparer, la jeune femme déclara être incapable de la renseigner sur les anciens occupants de la maison qu’elle et ses enfants avaient investie.

 

– La maison était déjà vide quand on a repris la ferme de mes beaux-parents, il y a dix ans, en 76. Peut-être auras-tu plus de chance en demandant à Julius. C’est le maire et c’est aussi le maître d’école et le facteur. Il connaît tout le monde ici…

 

Ses enfants lui dirent à peine au-revoir quand elle décida de prendre congé. Elle les regarda partir, chacun avec un petit seau en fer blanc, pour « apprendre à traire les vaches » et reprit le chemin de la maison, le cœur léger.

 

Le parfum suave des aubépines se mêlait aux effluves iodés venus de la mer, dont elle entendait le fracas des vagues sur les rochers, au loin. Le soleil déclinant faisait flamboyer un ciel encore gorgé d’eau. Un chevreuil vint la narguer en traversant le sentier, à quelques mètres devant elle. Lyza cueillit quelques mûres et pressa le pas, curieuse de découvrir ce que contenait le petit cahier trouvé dans le grenier…

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Les crêpes de Solenn étaient un pur délice. Il lui avait suffi de fermer les yeux pour que le goût de son enfance lui revienne sur le bout de la langue. Un instant, elle crut sentir la présence de sa grand-mère, partie trop tôt, à l’aube de ses quatre ans. Ce fut comme si elle entendait son pas feutré et sa voix traînante lui chuchoter :

Mange, ma Lyza, c’est mieux que des louzous. Un jour, je te donnerai la recette, quand tu seras grande…

La grand-mère n’a jamais tenu sa promesse. Un matin, elle a oublié de se réveiller. Du jour au lendemain, Lyza a refermé son cœur sur ses souvenirs pour aller vivre dans un foyer. Aujourd’hui encore, quoiqu’elle veuille, ses crêpes ont toujours un goût de carton…

Elle se cala confortablement dans son lit, le journal de Janig en main et les photos trouvées, éparpillées sur l’édredon.

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«  Mardi 21 janvier 2019.

C’est Mamm qui m’a appris à lire et à écrire parce qu’à l’école, on n’apprenait pas grand-chose aux filles. Elle me disait, quand j’avais du mal à croiser les lettres, que lire, c’était une fenêtre ouverte sur la liberté et que je serai bien contente, un jour, de ne pas avoir à confier mes pensées intimes à Jawel, l’écrivain du village. Aujourd’hui, Jawel n’est plus et c’est moi qu’on vient voir quand on a besoin d’écrire une lettre !

A ce propos, Rozenn est venue à la maison, hier, dès potron-minet, escortée de Tante Anaëlle. On savait bien pourquoi la cousine était là, puisque Tadig a parlé à Yanig, qui avait causé avec Josh, l’autre jour, au bistro de la mère Léonard. Josh, c’est le tailleur du village. Il a la langue aussi bien pendue que ses yeux sont perçants. Il connaît tout le monde à la cantonade, vu que c’est lui, le tailleur. On vient le voir, pas que pour se faire tailler un costume ou une robe mais aussi quand on veut trouver à se marier. Dans ces moments-là, il enfile fièrement son costume de bazvalan : un bas violet, l’autre rouge, prend son bâton de genêt et fait le tour des filles ou des garçons à marier…

 

Toute fiérote, la cousine, en annonçant ses noces prochaines avec Eliez, le fils Cariou, même que c’est un garçon d’un cousinage éloigné. J’imagine Tante Anaëlle, apprenant la visite du tailleur, courir chez les voisines pour emprunter, qui quelques pièces de beau linge, qui un service d’assiettes prestigieux, histoire de bien impressionner le galant et son acolyte. Sûr qu’elle a laissé les armoires entrouvertes discrètement, juste assez pour montrer des richesses qu’elle était allée glaner à droite à gauche…

 

 

Les accordailles avaient surement été rondement menées avec la famille grâce aux talents de bonimenteur du vieux Josh.

 

 

Rozenn m’avait prise à l’écart pendant que les parents évoquaient leurs souvenirs communs

«  et que les mariages, de notre temps, c’était autre chose… et qu’on savait s’amuser… Y’en avait toujours un pour sortir un violon, une bombarde, un biniou… et vas-y qu’on partait pour un jabadao du tonnerre, que même le curé s’y mettait ! »

 

-Si tu pouvais m’écrire quelques lettres joliment tournées, m’avait minaudé la cousine, pour faire venir les cousins de Landudec, et ceux de Pont l’Abbé aussi.

 

Je lui donnai mes félicitations, lui souhaitant amour, bonheur et félicité.

La cousine était partie à rire et, devant mon air étonné, sa mère d’ajouter :

– L’amour ! une bien belle affaire et que de tourments, ma nièce ! Pour se marier, il n’est pas besoin d’aimer. Ces choses-là, ça vient après. Ha, cette petite, avait-elle ajouté en parlant à mamig, tu devrais faire vite, Eléanore, de lui trouver un bon mari, travailleur, honnête et solide. Ça lui enlèvera toutes ces sornettes de la tête. Va donc voir Josh, tu verras, il fait des miracles même pour les cas désespérés…

Elles s’étaient levées en faisant claquer leurs sabots et avaient pris congé en promettant de revenir bientôt.

 

En partant, me laissant ses dernières recommandations, Rozenn me glissa dans l’oreille : c’est vrai, tu n’as trouvé personne encore ? Tu devrais te dépêcher, ma pauvre Jadig, déjà que la guerre nous en a fauché plus d’un. Quel âge ça te fait, déjà ? Vingt-quatre ans…

 

Mais, moi, j’attends Fanch, qui finira bien par rentrer de la guerre et on se mariera…

 

 

 

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