Bonjour! La campagne Ulule, ayant atteint 100% du capital demandé, est validé! La fin d’ici quelques heures et afin de vous faire patienter ou saliver ou encore vous tenter si vous n’avez pas encore adhéré, voici quelques nouveaux petits extraits. Nous sommes à la veille de la guerre de 14-18 et le monde paisible du petit village de Folamour va bientôt être bouleversé.

Le lien vers la campagne, c’est ici

(…) S’il n’est pas dans ses vignes, le père maintenant passe tous ses dimanches au bistro avec l’oncle Alphonse et Grand-père Choupette. Mathilde, la tête haute, l’œil courroucé, entre dans le lieu de perdition à la recherche de ses hommes. Les cinq petits attendent dehors à la file indienne, en observant par les carreaux embués toutes ces grandes silhouettes dégingandées s’agiter dans des gestes grandiloquents.

─  Qu’est-ce qu’ils font ? demande Lili en se dévissant la tête.

─  T’occupe ; lui répond Nico d’un ton bourru en cherchant vainement à muer sa voix. Ils refont le monde…

Quand ils rentrent, ils écoutent le père repartir dans de grands discours tout en servant un verre à l’oncle Alphonse. –le dernier, pour la route.-

Ils saisissent des bribes au passage sans vraiment arriver à tout comprendre, et mélangeant tout : l’Allemagne qui donne des colonies mais qui en prend d’autres en échange, la Russie, l’Alsace et la Lorraine, Poincaré.

─  Toutes façons, tu sais où ça s’trouve, toi le Maroc ou le Congo ? C’t’ à nous, c’est pas à nous, qu’est-c’ ça peut faire ? Y’a rien qu’des sauvages là-bas ! Tout ça, ça va pas empêcher la guerre, tu vas voir c’ que j’te dis. Parait que c’est nous, les paysans, les premiers sur la liste à partir si jamais ça arrive.

─  Tu penses bien qu’ils vont pas envoyer les gars d’la ville en première ligne ; s’en mêle le grand-père. Avec leurs mains qui savent même pas bourrer une pipe, alors un fusil…

─  Eh ben alors, qu’est-ce qu’on attend pour aller leur casser la gueule ! crie l’Oncle Alphonse en se levant et tapant du poing sur la table. Qu’on en finisse une fois pour toutes ! Une bonne guerre, voilà c’qui nous faut, on va leur montrer c’qu’on a dans la culotte…

─  Hé ! Dites-donc ! s’interpose Mathilde. Vous parlez pas comme ça devant les gosses, et vous allez faire votre chahut ailleurs. Et pis, toi Alphonse, faut que t’ailles un peu chez toi, t’occuper d’ta femme. Elle va pas bien du tout…

Les enfants ne réalisent pas l’ampleur du mot guerre, ils y jouent dans la cour de l’école, même s’ils savent que ce n’est pas bien de s’amuser à se tuer. C’est le curé qui l’a dit au catéchisme et il a rajouté que c’est comme ça qu’on réveille le démon qui habite chez l’homme, et qu’après on fait la guerre pour de bon et qu’on désobéit au Bon Dieu, qui a ordonné de ne pas tuer son prochain même si c’est un Allemand. Depuis qu’il a dit ça, Lou a très peur. Elle se demande si elle n’a pas un démon qui partage son corps avec elle, c’est peut-être pour cela qu’elle a souvent la tête en désordre. Mais elle continue à aller au catéchisme, d’abord parce que tout le monde y va et aussi parce que ce que lui raconte son frère la fait rêver :

─  Quand t’es un enfant, t’as rien l’droit de faire mais après, quand tu fais ta communion, tu peux manger l’hostie, c’est plus bon qu’un gâteau et t’as plus besoin d’te laver, c’est le corps du Christ qui le fait pour toi… Il faut qu’tu trouves ton pêcher, tu t’mets en dessous, et il fait tout le travail…

─  Et un cerisier ? Moi j’préfère les c’risiers…

Nico, regardant sa sœur comme si elle était atteinte d’une maladie mentale, professe d’un ton hautement supérieur :

─  Non. C’est un pêcher, point à la ligne. C’est marqué ! Le corps du Christ te lave de tout ton pêcher. Faut faire les choses comme ils disent de faire. Et pis aussi, tu peux te confesser…

─  Ça fait mal ?

─  Penses-tu ! Trois fois rien. Tu vas dans une armoire avec le curé, et l’Esprit Saint, Il descend sur toi, et après quand tu sors de l’armoire, t’es parfait. Tu peux mentir, tu peux faire toutes les bêtises que tu veux et même t’as le droit d’faire la guerre ! Le problème, c’est que l’effet il s’en va vite et qu’il faut que tu retournes dans l’armoire toutes les semaines…

Lou n’a pas envie de faire la guerre, elle n’a pas envie d’être enfermée dans une armoire mais elle aimerait bien être parfaite et faire tout ce dont elle a envie. (…)

Un matin de petits oiseaux et de nuages blancs, les frères Cléru partent à la guerre. (…)

On les regarde longtemps s’éloigner sur la route sinueuse, emmenant leurs vieux fusils, les chevaux et le bétail réquisitionnés pour l’armée puis ils disparaissent derrière un bosquet d’arbres. Les chansons paillardes qu’ils entonnent à tue-tête en compagnie des autres gars du bourg, venus les rejoindre sur le chemin, résonneront plusieurs heures dans la campagne alanguie par ce mois d’août pas comme les autres.

Ce jour là, pourtant un dimanche, personne ne va à la messe. Pour quoi faire d’ailleurs ? Tous les hommes encore jeunes sont partis, le maître d’école, le postier, les vignerons, les fils de vignerons, même les mendiants et le banquier, les deux castes d’individus les plus méprisées dans le village ! Tous ceux qui restent se sont regroupés sur la place, dans un silence plus inquiétant que les cloches retentissant un peu partout et que l’écho renvoie d’une montagne à l’autre, annonçant la fin d’un monde paisible.

Lou regarde autour d’elle, elle va rejoindre Marie-Rose qui pleure parce que son père et quatre de ses frères sont partis.

Elle devrait être contente, pense la petite fille, elle n’aura plus de bleus…

Autour d’elles, ne restent que des femmes, des enfants, des vieux, quelques éclopés et des moitiés de fou, comme Jean l’Idiot. Catastrophés, ils se regardent les uns les autres, et même si les hommes ont dit qu’ils n’en ont pas pour longtemps, ils savent déjà que beaucoup ne reviendront jamais. Une guerre, ça ne se passe pas sans effusion de sang.

(…) Commencent alors des années de cauchemar pendant lesquelles personne ne prend le temps du deuil. Mais dans la neige de la vallée, les ombres noires des femmes, vêtues comme des corbeaux, passent furtivement. Au fil du temps, on ne les compte plus…

 

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