Cette nuit, il m’est arrivé un truc incroyable.

Je vous raconte…

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Je bois tellement d’eau, dans la journée, que je me lève toujours la nuit, entre deux sommeils, pour aller aux toilettes. Je retourne ensuite vite retrouver la tiédeur de la couette.
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Mais cette nuit, alors que je remontais me coucher, des feulements vindicatifs, provenant de la terrasse, me précipitent, ahurie et affolée, dans les escaliers, au risque de me rompre le cou. J’ouvre la porte-fenêtre à la volée, tremblant pour ma pauvre petite chatte qui est restée dehors, sans défenses.
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La lune, ronde et pleine, éclaire le jardin d’une lumière irréelle.
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– Pataouette ! Pataouette !
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La voilà ! Hé ! Mais c’est le chat de la voisine qui se bagarre avec elle.
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Non.
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C’est Pataouette qui lui court après, telle une furie déchaînée. Il est roux, le chat de la voisine, mais il est gentil quand même et il se laisse toujours taper dessus par les minettes…
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Aussi, alors qu’elle planque un trou de mulots depuis des heures, lui, n’a rien fait de mieux que de lui piquer son doudou ! En plus, je viens juste de le lui fabriquer, pas plus tard que la veille, avec une vielle chaussette, de l’herbe à chat et du coton.
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Vite vite, je retourne dans la maison, j’attrape une chaussette, je la remplis de croquettes et je me dépêche de ressortir pour la donner au gros chat roux afin que cesse tout ce tohu-bohu.
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Pataouette n’est pas partageuse, fallait s’y attendre! Elle se dresse, toutes griffes sorties, devant le pauvre animal déconfit, lui arrache la chaussette et retourne à sa planque, la queue en désordre et le feulement menaçant.
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Cette chatte est une vraie peste ! Même ma grand-mère de papier ne veut plus entendre parler d’elle depuis qu’elle a coursé son canari dans toute sa maison ! Elle n’a pas attrapé l’oiseau mais elle a tout mis en pièces dans le salon, allant jusqu’à faire tomber et briser la cloche de verre sous laquelle une coiffe d’aïeule reposait…
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Le chat roux me fixe d’un regard de martyr prêt à partir dans le feu d’un bûcher.
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Je n’aime pas l’injustice.
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– C’est pas bien, ce que tu fais, Pataouette. Rends-lui son jouet, t’en as déjà plein à la maison…
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Elle ne me regarde même pas, fait la sourde oreille, resserrant d’avantage les griffes sur son butin…
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Je m’élance pour le lui reprendre, elle émet un mini-miaulement surpris de chatte pourrie-gâtée.
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Je jette, du plus fort que je peux, le doudou, au chat de la voisine dont je ne connais pas le nom. (Je sais seulement qu’il est roux, gentil et castré.)
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Dans mon élan, je perds l’équilibre et je glisse. Comme dans un film au ralenti, je me regarde tomber, de tout mon long, dans une mare.
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– Qui a laissé le tuyau d’arrosage ouvert ???
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Ai-je un coup au cœur ou est-ce la fatigue ? Je n’arrive pas à me relever, je ne parviens pas à crier. Je finis par m’endormir dans la boue, avec, pour dernière image, les deux chats, côte à côte, me fixant de leurs yeux jaunes.
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Quand je me réveille -une minute s’est-elle écoulée ou bien une heure? – je vois plein de monde autour de moi, les voisins, voisines et même des gens que je ne connais pas.
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Ils parlent tous en même temps et on me dit de me tenir tranquille, qu’on va me sortir de là et m’emmener chez un médecin.
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– Mais non! Mais ça va pas!
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C’est un cauchemar ! Pas question d’aller voir un docteur. Je ne me suis pas épilée, d’abord.
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Et puis, je n’ai vraiment rien, à part de la boue jusqu’au cou, dans la gorge et plein les yeux. Ha! Les voisins, c’est gentil, plein d’humanisme parfois mais s’ils pouvaient seulement cesser de crier et décider de m’aider !
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Ou bien partir, retourner se coucher parce que tous ces gens s’agitant autour de moi, à cause d’une vieille chaussette, d’une chatte acariâtre et d’un chat timide, ça m’ennuie profondément.
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Je me sens confuse de les avoir dérangés, honteuse de me montrer à eux dans cet appareil. 
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J’essaie, encore une fois, de sortir de ma fange, en marmonnant que je vais bien mais je n’ai plus de voix et je glisse toujours, poussée par le vent que fait un gros moustique, tout là haut dans le ciel.
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Je me suis finalement levée quand les brancardiers de l’hélicoptère ont appelé du renfort pour m’emmener à l’hôpital et je suis allée me faire un café…

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